Raison d'être

Document 1: La politique culturelle du Mali

Le Ministère de la Culture du Mali a conscience de remplir une mission de service public en élaborant le présent cadre de référence de politique culturelle. Une politique publique énoncée dans un document conçu à cet effet fait défaut…
Destiné à l’information du public, des intervenants culturels, des décideurs, des partenaires, il s’agit d’un document officiel d’information sur la vision de politique culturelle qui est en œuvre et des stratégies pour les années de mise en œuvre à venir.
Il s’agit aussi d’un outil de guidage pour les personnels des structures étatiques et non étatiques et les nouveaux acteurs que constituent les élus et les sociétés civiles émergentes qui mettent en œuvre la politique de décentralisation au Mali.
Il s’agit enfin d’un instrument de politique destiné à l’information de nos nombreux partenaires au premier rang desquels, les nombreux pays africains qui, fascinés par le patrimoine culturel de notre pays, sont à l’écoute d’instruments pouvant les édifier d’avantage. L’Afrique toute entière est en admiration devant ces immenses patrimoines et potentiels. Nous avons l’ambition d’aider l’Afrique à s’approprier une part de notre pays.
L’axe central de la politique culturelle du Mali vise essentiellement à structurer l’économie de la culture afin d’en faire un pôle privilégié de développement économique et social.


Au plus haut niveau de l’Etat, on a souvent le sentiment que certains décideurs n’ont pas conscience du rôle que peut jouer la politique culturelle dans le développement politique, économique et social d’un pays. L’opinion quant à elle n’a pas toujours bien compris les missions du département et ne s’est guère émue des transhumances auxquelles les services ont été soumis.


Le meilleur des richesses d’un pays, c’est le patrimoine culturel diversifié reçu en héritage. Les patrimoines matériels et immatériels et les biens culturels interviennent pour une grande part dans la production des richesses d’un pays. En outre l’image véhiculée sur un pays par la littérature, le cinéma, les sites naturels et touristiques, est un puissant facteur de mobilisation d’amitiés, de partenariats et d’échanges pour son développement économique, social et politique. Avant les plénipotentiaires et en première lecture, c’est le culturel qui parle à l’autre, qui l’attire. En cela, la culture actionne les leviers de l’échange et du développement. Par ailleurs, lorsque dans un pays tout semble perdu et que les acteurs ne savent plus quoi faire pour arrêter les dérives, c’est la culture qui fournit encore une fois les réponses adéquates. Souvenons-nous du conflit dans le Nord. Le Mali s’est trouvé confronté à un problème de développement mal réglé, mal géré, à des risques d’éclatement de l’Etat et d’embrasement de la sous région. Ce ne sont pas des milliards providentiels qui ont stoppé le processus conduisant à la guerre civile, mais le capital social. L’Alabadia[1], comme on l’a désigné dans ce cas précis, a permis aux communautés de se parler.


Toute politique culturelle est évolutive, car elle va de pair avec les exigences politiques et socio-économiques du moment. Du Commissariat aux Arts dirigé par Jules Travélé au mandat des acteurs actuels, cette évolution de plus de 40 ans est visible à travers les options successives prises par le département et les soubresauts des différents âges de la vie politique du Mali. Ces soubresauts ont eu des interférences avec la vie culturelle. Certaines créations théâtrales, musicales et cinématographiques maliennes sont considérées comme ayant annoncé les grandes tempêtes politiques.


Aujourd’hui, le défi auquel les pays en développement sont confrontés, c’est celui de conserver des équilibres adéquats pour ne pas subir la mondialisation. La ùmarchandisation des biens culturels fragilise encore plus l’Afrique car nos systèmes de création de biens culturels étaient plutot adossés à des paramètres socio religieux où une éthique et des règles de comportement prévalaient. L’état actuel du monde nous commande de trouver nos repères face aux nouvelles règles de la communication mondiale où celui qui domline le fait par le biais de son industrie de l’image, de sa capacité à imposer ses modèles culturels.


Développer une industrie de la culture devient une exigence politique pour le Mali. Pays phare dans le monde noir, nous pouvons offrir à l’Afrique et au monde des biens et produits culturels de qualité, parce qu’adossés à une histoire millénaire et à quelques unes des certitudes qui font la fierté de l’Afrique.


Se doter d’un document cadre de politique était un préalable. Maintenant que cela est réalisé, nous pouvons demander le soutien public, celui des communautés et des partenaires, pour relever le défi du positionnement des industries culturelles comme force d’appoint pour le développement de notre pays.

Cheick Oumar SISSOKO
Ministre de la Culture

N.B. Le document final sera disponible dans les prochains jours

[1] Nom d’un plat du nord que les communautés ont en partage et qui symbolise la convivialité entre les ethnies.




Document 2: Pour une politique de revitalisation des équipements culturels du Mali

L’avènement de la biennale artistique et culturelle a donné aux régions une vie culturelle intense et contribué, sur le plan national, à une politique de construction des salles de spectacles et à l’émergence de nouveaux talents tels Tata Bambo, Oumou Sangaré, Haïra Harby.

A partir de 1989, l’arrêt de la Biennale artistique et les casses qui ont suivi les évènements de mars 1991 ont été fatals aux équipements culturels publics et ont causé un préjudice énorme à la culture malienne. Tandis que les Directions Régionales de la Jeunesse, du Sport, des Arts et de la Culture se vidaient de leur âme, les salles de spectacles connaissaient un abandon progressif qui les réduit actuellement à un état de désolation désespérante.

Le paysage de la création et de la diffusion artistique au Mali souffre, depuis, d’un contraste criard où il existe d’un côté des créateurs de talent et des acteurs culturels entreprenants et de l'autre une pauvreté absolue en équipements culturels et en représentations publiques. Toutes les conditions nécessaires à une bonne pratique culturelle sont réunies dans la seule capitale. Le reste du pays devient un désert culturel que tous les artistes, confirmés ou émergents, abandonnent sans état d’âme pour Bamako qui devient l’unique lieu pouvant leur offrir les moyens et l’occasion de s’épanouir et de vivre de leur art.

Il s’agit pour le Ministère de la culture de renverser cette polarisation de la culture et d’offrir à toutes les régions des équipements culturels où les artistes peuvent se rencontrer et rencontrer leur public, créer, produire.

La rénovation du Palais de la Culture et la construction du Complexe culturel de Mopti entrent dans un projet plus large du Département qui prévoit non seulement l’aménagement des salles Massa Makan Diabaté à Kayes, Miérouba et Tientiguiba Danté à Ségou, Mamelon à Sikasso, mais également la construction de nouvelles salles à Koulikoro, Gao, Tombouctou et Kidal.

En voulant mettre en place deux super équipements distants l’un de l’autre de 600 kilomètres, le Ministère de la culture ambitionne de décongestionner Bamako en créant deux pôles de rayonnement culturel pouvant couvrir efficacement l’ensemble du pays. Si le Palais de la Culture est en mesure d’irriguer culturellement les 1ère, 2è, 3è et 4è régions et le district de Bamako grâce à un partenariat avec les équipements culturels de Kayes, Ségou, Sikasso, Koulikoro, Mopti se positionne comme la porte ouverte sur les 5ème, 6ème, 7ème et 8ème régions. Son nouvel équipement aura alors la lourde tâche de servir de locomotive à toute cette partie Nord du Mali.